Savonnières, entre champs et Cher

Inspirée de la trace trouvée sur randogps (balisage PR jaune), proche de Saint-Cyr sur Loire où habite ma fille, je pars sous le soleil et le ciel bleu jusqu’au port de Savonnières1 où je me gare sur la dernière place libre ; quelques bateaux à fond plat y sont amarrés (gabarres, toues sablières ou cabanées).

# 13 le port, desavoo

Je me dirige vers l’église Saint-Gervais et Saint-Protais dont le clocher dépasse largement la toiture des maisons ; du xiie siècle, classée monument historique depuis 1973, son portail saintongeais porte des sujets disposés par deux sur chaque claveau.
Les voûtes dominicales dîtes « angevines » sont du dernier quart du 12è siècle. Les têtes conjuratoires repoussent les mauvais esprits. Elles sont sept visibles de la rue.
Les cloches se nomment Gervais (1850), qui égrène les heures, la plus grosse Protais (1881) et Louise-Jeanne (1891) la plus petite.
Le beffroi construit au 18è serait l’un des plus anciens de France.
Frères jumeaux et enfants de St Vital et de la Bienheureuse Valérie, St-Gervais et St Protais furent martyrisés et leurs corps furent retrouvés par St Ambroise 300 ans après leur mort dans le même état que s’ils venaient d’être ensevelis à l’heure même. Page de l’église de Savonnières

A gauche de l’église débute le sentier des 100 marches, une institution permettant d’accéder au coteau au prix d’un effort physique certain. Ses marches disjointes ou en partie effondrées, ont été rénovées par les services techniques de la commune en 2015 ; les rampes de bois favorisent un court arrêt pour admirer le clocher de l’église.

# 16 la montée 2desavoo

Le sentier circule entre les maisons en haut et les chiens aboient sur mon passage ; je croise chemin venant du cimetière.

Avant de prendre le rue de la Butte, je remarque un réservoir d’eau comme il y en a dans le Vaucluse. Le chemin circule entre le terrain de sport et les maisons, puis entre un champ et les pavillons : quelle bonne idée d’avoir préservé un espace public pour la circulation des piétons dans une région urbanisée !

Route de Bois Robert, je longe de nombreux étangs entourés d’arbres puis je traverse un bois clairsemé, bordé de deux profonds fossés, autrefois entretenus par des fosseyeurs, spécialistes de l’entretien des fossés et turcies des zones marécageuses. Les nombreuses mares ça et là dans les propriétés ont plusieurs rôles : régulation du ruissellement des eaux de pluie, réserves biologiques pour la faune et la flore aquatiques, pôles d’intérêt pour les animaux qui viennent s’y abreuver. Selon le PLU de Savonnières.
Au sortir du bois et de la plantation de peupliers, je trouve un champ immense puis la route des Rosiers. Face au clos des Roziers, la gentilhommière du XIXe siècle qui ne laisse pas voir grand chose de son parc, je passe entre deux champs à perte de vue.

Changement de décor après la Bassellerie : une forêt plus dense aux arbres fort hauts, la bonne odeur de troncs fraîchement coupés, une cabane dans les arbres puis le chemin de la Foucaudière.Traversée sur un pont du ruisseau Boire Fontembre, parallèle au Cher, puis le long du plan d’eau allongé de Boire Morin. Ce nom de boire caractéristique de la région désigne une zone humide à activité temporaire et en étiage à eau stagnante, utilisée au moyen-âge pour installer des structures de pêche (pêcherie de boires). 
Vivre en Touraine au xviiie siècle, Brigitte Maillard, Annie Antoine, Presses Universitaires de Rennes (broché ou format kindle)

Arrivée au bord du Cher à la Maison d’Ardoise, construction rurale ancienne ; sur le mur, gravées dans la pierre, les dates de plus fortes crues du Cher : 13 mai 1856, 29 septembre 1866, 4 juin 1856, plusieurs mètres au dessus du niveau actuel. Par le passé, les crues du Cher et de la Loire ont toujours été un souci pour les communautés autour du confluent, provoquant des brèches importantes dans les levées ; en face du méandre du Cher, là où les premières campanules blanches éclosent, le lieu-dit la Bonde rappelle que chaque communauté se débarrassait des eaux en excédent grâce à un système de bondes, ce qui suscitait les protestations de la communauté voisine…

Là, vous êtes sur le GR3 et sur le circuit La Loire à vélo ; une variante vers l’est vous mène au Grand Moulin en passant par le Haut Bray3 (ajouter 4km A/R). Ce moulin incendié en 1942 était devenu une usine de fabrication de porcelaine industrielle pour l’entourage des bougies de moteurs. D’ici, j’entends le fort bruit de l’eau, sans doute celui d’un barrage sur le Cher. La piste est revêtue ; en face, la levée du Cher – longue et haute protection des habitations par élévation de turcies pour contenir les eaux de la rivière ; du fait de cette surélévation, le passage du train est bien visible. Mais encore aujourd’hui, ces levées ne sont pas une solution garantie contre les crues, si l’on en croit le maire de Tours.

La levée du Cher en aval de Tours, la digue qui borde le Cher vers Savonnières et Villandry est ancienne, clairement obsolète (de la terre, dans laquelle l’eau s’infiltre…). […] En marge de son point presse ce vendredi soir, Louis Le Franc a expliqué que jusqu’ici, la priorité avait été donnée au renforcement de la digue de la Loire. Sauf qu’on le voit bien, c’est le Cher qui est menacé et avec un débit de 800m3 par seconde. Extrait de Info-Tours, juin 2016

Sur une des maisons de Mitan-Bray3, petit hameau de quelques maisons, on retrouve un repère de crue sans date. Une ancienne ferme termine le hameau. Une échelle improvisée sur un arbre m’interroge car j’en trouve un second un peu plus loin, avec un morceau de bois accroché à une branche. Serait-ce une ligne de pêche artisanale à laquelle on accroche un hameçon puis que l’on descend dans l’eau jusqu’à ce que ça morde ? Selon la fédération de pêche du 37 :

le peuplement piscicole du Cher est dominé par les espèces d’eaux calmes (ablettes, brèmes, carpes, gardons et tanches) et dans une moindre mesure des poissons d’eaux vives comme les barbeaux fluviatiles, les chevesnes, les goujons, les hotus ou les spirlins. […] Pour ce qui est du brochet, ces dernières années, la population est en nette augmentation.

Apparaît maintenant le bourg depuis la varenne avec une jolie carte postale sur l’église et le port, une vieille charrette dans l’herbe voisine qui attend les promeneurs de l’été. Moyennant un petit détour avant d’arriver au port, vous trouverez la cache ci-dessous :

#21 le chantier, Panicaut

L’étendard vert-jaune-bleu d’un des bateaux flotte au vent ; mais il n’y a pas le fameux scute4 médiéval – Dame Périnelle – reconstruit à l’ancienne – sans clous, ni vis, ni boulons – par une équipe de bateliers du Cher à l’aide d’un archéologue.
Le site du magazine fluvial
Reconstruction d’un scute médiéval, les bateliers du Cher
Quelques photos de la construction dans le bulletin n°5

Une randonnée entre vallée, coteau, plateau avec des variations topographiques et géographiques qui en font tout l’intérêt, dans cette région plutôt plate. Surtout visitez Savonnières au retour : dans le document Savonnières, PLU, vous trouverez les monuments dignes d’être visités.

Itinéraire 12km800, 119m dénivelée, 3h15


1Savonnières : évoque le savon ; son nom vient de Saponaria, nom que les Romains donnaient aux domaines qui fabriquaient du savon gaulois.
2boire : terme de pêche. Communication que les mares, fossés ou chantepleures ont avec les rivières, ou bien fosses pratiquées sur les bords des rivières.
3bray : selon Trésor du terroir. Les noms de lieux de la France, Roger Brunet, CNRS Editions, 2016, bray désigne une petite plaine de terres lourdes enchâssées dans un plateau calcaire
4scute : les scutes sont tous des voiliers rustiques à voiles carrées, en bois à clins, à fond plat (sole) rectangulaire, sans quille (pour faciliter l’échouage sur la grève ou une plage).

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