La forêt de Marchiennes

La forêt de Marchiennes est très connue dans le nord. Quadrillée de chemins forestiers (des laies délimitant des parcelles) aux jolis noms, ou de modestes sentiers sur lesquels on craint de se perdre, la forêt domaniale de Marchiennes (800 ha) a été totalement replantée après les bombardements dévastateurs et le pillage de la Première guerre mondiale.

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C’est une forêt de feuillus où le chêne prédomine. Pourtant je repère des pins, ce qui me semble curieux : ils sont issus des dommages de guerre versés par les Allemands après la guerre.  Et nous trouverons même des érables : la forme des feuilles ne prête pas à confusion.
Parc naturel régional Scarpe Escaut

Comme la forêt est assise sur un ancien marais drainé par les moines il y a plusieurs siècles, la forêt est humide et on le sent bien : elle est parsemée de petites mares reliées entre elles par un réseau dense de ruisseaux et de fossés, parfois à sec après l’été sec de 2020. Des champignons poussent forcément. Des bottes peuvent être utiles surtout s’il a plu un peu avant…

A quelques endroits, une surface est complètement vidée de ses arbres ; je reconnais les coupes d’éclaircies qui visent à améliorer les peuplements existants pour les rendre plus résistants et préparer les semenciers de demain. La sortie des bois coupés peut se faire par cheval pour les petites coupes et notamment sur les terrains difficiles. Les ventes de bois permettent le financement de ces travaux d’entretien sans prélèvement d’une taxe. Encore une forêt gérée durablement.

Ce milieu abrite plusieurs espèces animales protégées au niveau européen. Par exemple le Triton crêté qui trouve refuge dans les zones humides, et le Pic noir qui affectionne les vieux arbres. Photo Rainer Theuer, de.wikipedia.org

Sur un panneau est fléché la direction de Croix ou Pile, restaurant situé près d’un parking et d’une aire de pique-nique, en pleine forêt, sur le chemin vicinal du Bon Ballon à Beuvry. Claire m’explique qu’il s’agit du jeu de pile ou face, à l’époque du roi saint Louis. Le circuit de Croix-ou-Pile privilégie la découverte des amphibiens et autres habitants des mares et des milieux humides.

Du temps des premiers rois de France, les pièces de monnaie portaient d’un côté une croix, de l’autre des piliers. […] Par la suite, les rois ont remplacé la croix par leur effigie (leur face) et les piliers par la valeur de la pièce. [ndlr autre explication : au XIIIe siècle, la pile est le coin servant à frapper le revers d’une monnaie] La Croix ou Pile

Sur la rue du Ghien, un papillon coloré que je n’avais jamais vu n’est pourtant pas rare : le paon de jour. Le Paon-du-jour adulte  est aisément identifiable par ses ocelles (yeux) vifs sur un fond vermeil qui rappellent ceux des plumes de paon. Moins beau, le revers brun de ses ailes lui permet de se glisser au sein des feuilles mortes sans qu’il soit visible.
Les baies rouge vif du sorbier des oiseauxle sorbier servait autrefois à attirer les grives en automne – persistent longtemps sur l’arbre en hiver, ils constituent donc une réserve de nourriture pour les oiseaux.

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La pierre des trois évêques

Après avoir lu  un article dans la revue annuelle du groupe archéologique Forez-Jarez et visité avec Jean-Claude le Gnaorou au point de vue de la Panère à Saint-Régis-du-Coin, j’ai eu envie d’aller sur place. J’ai trouvé le tracé sur le site du parc naturel régional du Pilat et heureusement, car le balisage est vraiment minimal, insuffisant si l’on ne dispose pas de GPS ou si l’on n’est pas accompagné.

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Partie des Trois-Croix, j’ai parcouru le circuit à l’envers pour ne pas suivre le groupe de randonneurs qui entame la première randonnée de l’année avec retrouvailles bruyantes et discussions. Il faut marcher sur la route D22 dans un premier temps puis obliquer sur la gauche sur un chemin rural en sous-bois puis en zone rurale, fort agréable. Le chemin a dû beaucoup servir car il est empierré avec soin à l’approche des Préaux. Peut-être s’agit-il de la route du sel venant du Rhône pour servir le Puy par Bourg-Argental et qui est un sentier de randonnée aujourd’hui ?

Plus au nord encore, au pied sud du mont Pilat, il est intéressant de constater que des rentes en sel sont assignées au XVè siècle sur le poste de péage de Maclas, qui porte sur la route de Boeuf au Puy par Bourg-Argental et Yssingeaux, témoignant de fait du transit de cette marchandise sur un axe où on ne l’attendrait pas nécessairement.  Quittant le sillon rhodanien très au nord, il s’oriente ensuite vers le sud-est, desservant des régions qu’il est, en venant du sud, plus avantageux de rejoindre par Tournon et Saint-Félicien […]. Toutefois, la desserte du nord du Plateau impose que du sel transite par cet axe. Thèse université Lyon 2, Le trafic à destination du Massif Central par les routes transversales, extrait de la thèse RESEAU ROUTIER ET ORGANISATION DE L’ESPACE EN VIVARAIS ET SUR SES MARGES AU MOYEN AGE, F. Brechon, 2002

Aux Préaux (commune de La Versanne), le traditionnel lavoir à deux bacs puis une belle croix de granit avec un personnage adossé au pilier et qui semble représenter un évêque. Un peu plus loin, enfin un panneau directionnel aux couleurs du parc du Pilat qui indique le moulin Gouet.

Moulin récent (1846), il fonctionnait par une roue horizontale actionnée grâce à une forte pente et une conduite forcée. Le moulin à grains Gouet se trouvait dans le bâtiment supérieur ; au XXe siècle, la force hydraulique servait à produire de l’électricité : c’était le seul du village à en bénéficier.

Je reprends la route jusqu’à la croix et le gros tas de bois. 100 m plus loin, j’entre dans la forêt aux arbres de hauteur impressionnante. Sur la piste forestière, un improbable amoncellement de tuiles gravées au nom d’un  fabriquant : Chilaud (sans doute Emile et Louis) lieu-dit Patroa à Saint-Etienne. Comment ont-elles été amenées ici alors qu’il n’y a ni habitation ni usine dans le coin ?

Le sentier forestier longe la frontière entre la commune de Saint-Sauveur en Rue et celle de La Versanne. A la croisée de deux chemins, un banc de pierre joliment mouluré, attend le promeneur ; une borne frontière porte une croix délimitant sans doute deux diocèses puisqu’on est à quelques centaines de mètres de la pierre des Trois-évêques qui a marqué de longue date le point d’intersection de trois anciennes archevêchés (Le Puy, Lyon, Vienne).

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