La cascade de Pissieu depuis Attily

Le club des cinq (aixois) passe une semaine entre Savoie et Haute-Savoie ; le choix des balades ou randonnées a été dicté plus par intuition que par la préparation de la semaine précédente. J’ai retenu plusieurs leçons pratiques de cette semaine :

  • si vous utilisez un GPS de voiture pour vous rendre sur un parking situé dans un hameau, renseignez-vous sur la commune auquel il appartient ; le hameau remplacera le nom de la rue ;
  • consultez la carte papier pour vérifier que le trajet proposé par le GPS est bien le plus court ;
  • chaque village compte plusieurs hameaux isolés et éloignés les uns des autres ; le trajet peut donc s’allonger par rapport au chef-lieu.

Nous sommes partis d’un des deux parkings (parking du Pissieu) situés à Attily, commune du Chatelard. Un panneau d’information à l’entrée explique le jeu ‘Promenade en liberté’ qui, à l’aide d’un livret (6 € l’emprunt auprès de l’accueil du Camping de l’Ile ou au bar-restaurant La Grolle à Lescheraines), active des bornes sonores que l’on repère par des médaillons de couleur collés sur les rochers. Nous n’avons pas le livret, nous ne jouerons pas mais nous avons toutes en tête le final de la randonnée : un salon de thé réputé que nous a trouvé Dominique.

Nous partons par une belle piste forestière sans difficulté près du pont sur le nant (ruisseau) d’Aillon. Rapidement, une odeur d’ail taquine nos narines ; nous écrasons la feuille entre nos doigts, le temps de vérifier qu’il s’agit bien de l’ail des ours, régal des ours près leur hibernation. C’est au printemps que cette plante habille le sol de toutes les forêts d’Europe et d’Asie du nord ; plante comestible comme vous le verrez plus loin.
Un agriculteur en tracteur ramasse les branches tombées sur le sentier. Nous longeons les champs sur notre gauche, d’un vert profond, signe que l’eau est toujours présente.

Un panneau annonce la vente de fromages à la ‘chèvrerie des tannes1 et glacières’ ; sans hésiter, les quatre filles entrent, observant en passant les poules et les lapins en liberté. A l’étalage, des petits chèvres ronds à divers niveaux de maturité, du frais au plus sec. Ce sera pour ce soir, mangés en une fois. Pendant que Domi déguste sa glace au lait de chèvre, nous éprouvons la sensation douce et légère des vêtements en laine mohair fabriqués sur place et sous-traités pour la teinture.

Nous reprenons la piste devant nous qui, au croisement, mène à la cascade de Pissieu. Située sur notre droite, derrière quelques arbres, elle est difficile à voir en entier. Un couple me suggère alors de traverser le bras de rivière sur des pierres émergeant à peine pour me positionner un peu plus en diagonale. Je traverse sans encombre sauf qu’à vouloir aller encore plus loin je glisse dans l’eau, rattrape mon bâton de randonnée avant qu’il ne s’enfuit dans le courant et baigne mes chaussures.
Deux copines continuent le chemin qui monte jusqu’à la source mais d’où l’on ne peut voir la cascade.



Le site est particulièrement spectaculaire après de grosses pluies ou au moment de la fonte des neiges : certains photographes ont réussi à prendre des photos les pieds dans l’eau, face à la cascade : probablement pas au printemps où le courant est violent.

La cascade du Pissieu se forme juste en aval d’une source qui draine l’essentiel des pluies et des eaux de fonte de neige du plateau du Margeriaz. C’est une exsurgence karstisque fonctionnant sur le principe dit de ‘source vauclusienne’.
Derrière le porche de la source, un réseau souterrain noyé plonge à 50 mètres de profondeur puis remonte en direction du plateau de Margeriaz.
79 km de réseaux souterrains sont aujourd’hui connus sous le plateau du Margeriaz, dont le réseau de la Tanne du Cochon qui présente un dénivelé de 825 mètres de profondeur entre son entrée sur le plateau et l’exsurgence du Pissieu.
Selon le site de l’office du tourisme du coeur des Bauges

Nous revenons sur nos pas jusqu’au carrefour où il faut choisir entre le circuit court, simple aller-retour, et le circuit long ; les copines ne semblent pas avoir envie de prolonger car je confirme, ça monte ! un animateur de randonnée descend, suivi de son groupe ; il sent notre hésitation et ponctue : « 10 mn de montée, c’est tout ! » ; Christian cueille à nos pieds quelques fleurs fermées de l’ail des ours, les mange et nous propose de goûter ; puis il ramasse trois feuilles qu’il croise dans sa main, fait mine d’y déposer un mini fromage de chèvre, rabat les feuilles et ferme le tout par un pique-olives : voilà une recette pour l’apéro que Majo mémorisera. Les feuilles ou les fleurs finement hachées peuvent accompagner une salade, être incorporées dans une mayonnaise, dans du beurre ou pour un pesto. Les fleurs d’ail des ours (en bouton) au vinaigre et macérées sont consommées avec une charcuterie ou une salade.

Finalement, nous décidons de faire la boucle longue et nous entamons la longue montée caillouteuse jusqu’à la route que nous traversons. De l’autre côté nous avons la vision des montagnes à l’est : le Trélod, l’Arcalod encore enneigés, le Mont de la Coche et en forme de cône une dent, la dent de Pleuven.

Dans les champs en pente ce sont des vaches blanches, petite huppe sur le front, qui broutent ; serait-ce une charolaise élevée pour sa viande dans une région de fromages ? L’une d’elle porte dans les naseaux un anneau bleu dont le tour est hérissé de pics. Certaines vaches ou génisses ont tendance à téter les pis de leurs congénères, un comportement néfaste pour la santé. Grâce à l’anneau anti-succion, lorsque la bête tentera de téter une autre, sa congénère sera piquée et s’éloignera. Merci Domi pour l’information.

Sur le côté gauche un long mur en pierre sèche – avec des pierres massives recouvertes de mousse – est caractéristique de la région humide ; la grange également : de bois en haut, de pierre en bas. Un peu plus loin, un sentier à droite rejoint directement la route mais nous préférons suivre le sentier de découverte jusqu’au bout. Un médaillon représentant un berger fait partie du jeu, pour rappeler sans doute qu’il n’y a pas que des vaches en Savoie ; la fabrication de chevrotins, par exemple, est issue obligatoirement de lait de chèvres 80% ‘Alpines’ et ‘Chèvres de Savoie’.

Le chevrotin, AOP spécialité  du massif des Bauges en Savoie a failli disparaître dans les années 1980 ; la morphologie des chèvres leur permet de pouvoir se nourrir en altitude. Le chevrotin est fabriqué selon la même méthode de fabrication que la Tomme de Savoie. Son affinage s’étale sur une durée de deux à trois mois, en cave fraîche avec lavages fréquents.

Après un virage en épingle, le sentier descend vers le lieu-dit Villaret Rouge matérialisé par une épaisse croix de pierre. Au Villaret, on retrouve le classique lavoir, la meule de moulin et une croix de chemin comme tant d’autres dans la région. Mais point de salon de thé ici, celui qui nous a tant motivé est à Lescheraines.

Domi repère un raccourci qui coupe le virage et rejoint le second parking dit ‘du Chatelard’.

Pour se rendre chez ‘Miettes et Croquignoles’ à Lescheraines, le GPS propose de passer par le Chatelard (10 km) et quelques virages, alors que la D59 nous y amène plus directement avec moins de 3 km. Mais nous arrivons à temps ; la dégustation est un ravissement, sauf la boisson chaude qui ne l’est pas assez.

Une randonnée facile et agréable, fraîche, la plupart du temps en sous-bois ; un heureux complément à notre balade du matin aux chalets de Mariet.

Image de l’itinéraire 6 km 700 148m denivelée (+260, -260) 2h30

1Tanne : en Savoie désigne les grottes et gouffres

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