Le voile noir de la mariée

Ce début d’octobre est ensoleillé près d’Annecy ; après une matinée plutôt cool, nous décidons d’aller jusqu’au voile de la mariée à partir de l’église de Saint-Sylvestre, perchée sur sa colline (658 m) qui domine la vallée des Bornières et l’Albanais. Nous l’apercevons depuis notre location à Alby sur Chéran.

Le parking se trouve face à l’école ; nous suivons la route que nous quittons rapidement, au grand hangar de véhicules agricoles, pour un chemin communal qui s’enfonce dans les sous-bois. Balisage jaune-vert.

A travers une trouée d’arbres, une longue crête rocheuse hérissée de dents (Lanfon, du Cruet) et de têtes (Turpin, Paccaly) se termine vers le Semnoz tout en rondeur. En contre-bas, dans le hameau de Champollier, un potager aux touches orangées attire notre attention : les citrouilles sont déjà là, bien avant Halloween !
Le chemin rural porte encore le nom qu’il avait autrefois, mentionnant les lieux qu’il reliait : chemin rural de Champollier à Saint-Sylvestre.

A nouveau un petit bout de route dans le hameau ; en haut du talus, quelques vaches profitent encore du pré sous une température clémente. Un sentier en sous-bois sombre, toujours plus bas et de plus en plus étroit, traverse le ruisseau sur une planche de bois, descend encore et nous mène au pied du voile de la mariée située sur le nant (cours d’eau en Savoie) de l’Eau Salée, à la frontière entre Chapeiry et Saint-Sylvestre ; un voile noir, de la couleur de la roche  humide, quasiment sans eau à part quelques gouttes au bas de la roche de tuf. D’après la légende, ce sont les larmes d’une princesse déçue par un chagrin d’amour qui alimenteraient la cascade. Moins prosaïque, au contact des végétaux, l’eau a formé un dépôt calcaire formant le tuf, roche légère et poreuse caractéristique des régions calcaires.

Quand il a plu, les eaux de la cascade se dispersent telles une chevelure au vent ; je suis un peu déçue forcément mais il ne pouvait en être autrement puisque l’été a été particulièrement sec.

Nous retraversons le ruisseau sur une planche de bois et nous nous arrêtons : un ruban de balisage rouge et blanc coupé, est encore accroché à un arbre ; un arrêté municipal, pris en février 2018, nous interdit le retour par les Daudes, lieu d’un important éboulement ; peut-être l’arrêté n’est-il plus valable ? coup de fil à la mairie qui maintient son interdiction. Le service aménagement du Grand Annecy n’est donc pas revenu faire son état des lieux. Mais pourquoi donc n’avertit-il pas dès le départ sur le panneau d’information du parking ?

Demi-tour. Nous passons entre un champ avec des chevaux et un jardin, impression d’enfreindre une propriété privée ; des arbres au tronc courbé sans doute par le poids de la neige, me font penser aux tavalans que j’ai vus dans les Bauges. Lire dans ce blog le tour des Bauges

Dans les pentes des montagnes, lorsqu’un jeune arbre pousse, la neige le couche chaque année et à chaque printemps, il se redresse mais en gardant la forme coudée, ce qui fait qu’avec l’âge, il possède une belle crosse. Ces crosses étaient fixées dans la charpente de l’avant-toit et faisaient, avec l’assemblage qui lui était nécessaire, de véritables balcons qui avançaient sur les murs de la grange. Selon le site de La Compote

Une vieille publicité de machine à coudre, comme la première de ma maman, orne la porte d’une grange  en bois. Le chemin rural dit ‘de la Coix’1 (non, pas la croix !), un long sous-bois puis au débouché du grand virage de la route, la croix devant l’église, puis l’église de saint-Sylvestre fermée : nous ne verrons donc pas les statues polychromes. Au pied de l’ancien clocher médiéval qui sert de sacristie aujourd’hui, se trouve une inscription romaine, fragment d’un monument d’origine inconnue sur lequel on ne reconnaît que le mot latin FILIAE (= fille).  Vidéo par drône au dessus de l’église

Pour nous consoler, nous décidons de visiter le patrimoine local de deux hameaux de Saint-Sylvestre (en voiture) car même s’ils sont proches, à vol d’oiseau ils ne le sont pas à pied : Vouchy et Songy.

A Vouchy, nous n’avons pas trouvé la maison forte signalée sur le panneau d’information de la place de l’église : elle était propriété des Barnabites d’Annecy, religieux de l’ordre de Saint-Barnabé qui, au XVIIe et XVIIIe, possédaient des biens à Champollier et Grenier ; il y en a une autre au nord du bourg de Saint-Félix, au hameau de la Sauffaz (Ne pas prononcez le z final2) ; le four banal est en bon état (restauré en 1810 et 1975) et toujours utilisé : des fagots de bois posés contre le mur attendent la prochaine fournée.
Dans le lavoir double, juste en face, de construction récente, s’écoule une eau parfaitement claire. Dommage que ce petit patrimoine local ne fasse pas l’objet d’un panneau d’information et de l’indication d’un parking…

Le château de Songy, signalée dès 1370 dans les textes, est en réalité une maison forte, difficilement visible depuis la route : elle ressemble à une grosse maison avec une tour ronde et une tour carrée ; une demeure seigneuriale a complété le bâtiment au XIXe.

Une balade bien agréable dans les sous-bois à parcourir de préférence au printemps quand l’eau du ruisseau est abondante. Pour les plus téméraires, les failles de Saint-Sylvestre, étroites et profondes, méritent une petite visite. Photos dans ce blog et itinéraire dans Altitude rando, les failles de St-Sylvestre

Image des itinéraires aller-retour  5.790 km 196 m dénivelée (+265, -265) 2h30 au total. Boucle prévue 4km300 196 m dénivelée (+265, -265)

1Coix : peut-être de coise (toponymie des Alpes) signifiant bois, forêt. Pas de carte de Cassini pour essayer de comprendre ce toponyme (la Savoie n’est pas française à cette époque)
2 les suffixes en -az, -oz (-otz), -uz, -ax, -ex, -ux, -oux, et -ieux (-ieu) en sont caractéristiques. Ils indiquent la syllabe accentuée. Pour les noms multisyllabiques, « z » indique l’accentuation sur l’avant-dernière syllabe, et « x » sur la dernière selon toponymie arpitane de Henri Denarié, La Voix des Alloborges n°13, 2007

Les balcons de la montagne des Princes

L‘Albanais en Haute-Savoie, ce n’est pas de la haute montagne mais c’est quand même un peu physique ; le point culminant de cette randonnée est à 935 m, 5 m à peine en dessous de l’altitude officielle du sommet de la montagne des Princes ; cette vallée du Fier (prononcer le « r » comme dans l’adjectif  « fier ») est connue pour ses gorges aménagées à Lovagny, que l’on peut visiter sur des passerelles accrochées à la paroi.
Les chiffres figurant sur la carte de bas de page matérialisent un panneau directionnel, les lettres un centre d’intérêt. Le point (3b) ne figure pas sur la fiche vendue par l’office du tourisme de Rumilly. Vous trouverez deux parkings randonneurs nord et sud à Chavanne d’en Bas (465 m), totalement accessible par la route mais aussi un parking à Chavanne d’en Haut. L’office du tourisme de l’Albanais classe la randonnée comme difficile sur une demie journée.

L’album photos

Partie d’Alby sur Chéran, je traverse Rumilly puis Saint-André Val-de-Fier (D14) où se trouve l’hôtel-restaurant « Les bottes à Mandrin ». Le contrebandier populaire Louis Mandrin qui s’en était pris aux collecteurs d’impôts de l’époque, réfugié en Savoie à l’époque où elle ne faisait pas encore partie du Royaume de France,  y aurait laissé ses bottes de postillon, qui étaient fixées à la selle de son cheval, évitant ainsi de salir ses bas. Au xviie siècle, la monture, et donc les bottes, étaient changées toutes les sept lieues (distance entre deux relais de poste) d’où leur nom de bottes de sept lieues.

Histoire de Mandrin (page web), Le 26 mai 1755, l’exécution de Louis Mandrin (podcast), par l’historien Franck Ferrand

Aucun autre randonneur n’est au départ mais cela ne m’effraie pas d’être seule un certain temps. Le parking sud affiche les dates d’ouverture de la chasse et les jours de battue : bonne idée pour apprendre à partager la nature avec les chasseurs. Au bout de 15mn d’un sentier forestier, j’arrive à la croix de Chavanne (A), sur un espace dégagé, qui déjà m’offre un superbe panorama sur la plaine de l’Albanais, le massif des Bauges et le torrent du Fier, avec une vision curieuse au travers de l’arche de la chapelle Saint-André ruinée.

Les ruines de la chapelle (ou église Saint-André) seraient les restes d’un sanctuaire construit vers l’an 450 par les moines de Saint-Claude, puis reconstruit au XIIe siècle par les Bénédictins [du prieuré de Bonneguette]. Ce fut ensuite une église paroissiale jusqu’en 1663. [Pillage des pierres à la révolution. L’arche a été restaurée par le Lions Club de Rumilly]

Croix de Chavanne et Ruine de l’Eglise Saint André, cyril4885

Demi tour pour poursuivre par un autre chemin en direction du belvédère du mont des Princes ; situé un peu au-dessus du sentier de départ, il descend dans un premier temps – ce qui me fait craindre une erreur dans la préparation du circuit – puis progressivement monte de façon continue, dans une forêt de hêtres ; au point « Chappay » (1), un panneau directionnel rappelle la direction du belvédère. Parfois certaines montées sont plus rudes que d’autres.

Un panneau d’alerte m’indique une zone de petites falaises, que je n’ai pas trouvé dangereuses pour le randonneur habitué à marcher : la falaise ne frôle pas le sentier, et dix mètres en dessous, un replat cache le grand vide de 300 m de haut. Bruissement de feuilles sur ma gauche ; justement, en contre-bas, une biche court sans affolement : l’aurais-je surpris ?

Quand vous verrez les marches d’escalier (2) sur votre droite à 787 m d’altitude, ne continuez pas tout droit mais suivez le sentier qui semble parfois se perdre, jusqu’au chalet et sa réserve de bois (pour les chasseurs ?). Opportunément, l’eau de pluie est recueillie dans un bidon : je m’y rafraîchis volontiers.

Au niveau de la prairie après le chalet (3), le sentier brusquement vire à gauche mais le panneau est à peine visible de ce côté ; le sentier domine légèrement le chalet et les provisions de bois s’accumulent sur le bord du chemin.

Au point (3b) il faut quitter la piste pour un sentier plus étroit ; ne subsistent qu’une petite flèche jaune sur une pancarte de bois en hauteur et un panneau de bois à section carrée ayant perdu son balisage. Il ne faut surtout pas descendre mais plutôt rester à une altitude autour de 850 m ; je croise trois jeunes en baskets, décontractés comme s’ils se baladaient en ville ; j’entre dans une zone de lapiaz (B) que les eaux de pluie ont creusés sous forme de rigoles peu profondes couvertes de mousse. Le sentier circule entre eux mais une fois passe au dessus. Au printemps, les lieux sont couverts de jonquilles, et érythrones qu’il ne faut pas cueillir car elles fanent très vite. Photos sur le site Sortie du club des retraités de la MGEN

Quand je sors de la forêt, avant même d’avoir atteint le belvédère promis, je devine que ce sera impressionnant. On ne peut pas voir le fond des gorges du Fier, la cluse étant trop resserrée et profonde : seulement la paroi verticale pliée et sinueuse en face de moi ; je suis des yeux le ruban bleu du Rhône. De l’autre côté du fleuve le Grand Colombier, sommet du Jura dont les habitants de l’Ain sont fiers. D’ailleurs la Montagne des Princes un « des chaînons jurassiens formé de terrains essentiellement jurassiques et crétacés, plissés et affectés par des accidents tectoniques. » Selon Connaitre et protéger la flore de Haute-Savoie

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Les chemins d’Angely

Jour de fête aujourd’hui : le centre ville de Vaulx1 est fermé pour le marché de producteurs ; je me gare sur le premier parking à gauche, en face du perron de la mairie ; le temps est beau, un léger vent froid rend la marche agréable en ce mois d’août plutôt chaud. La randonnée, bien balisée de couleur ‘jaune’ et de quelques écriteaux ‘les chemins d’Angely’ sur  panneau de bois, est classée en niveau ‘moyen’ par l’office de tourisme de l’albanais.

L’album photos

Une croix de pierre, bien cachée sous les frondaisons, ressemble à celle de la place de l’ancienne église. Je passe devant la récente église Saint-Pierre néo-gothique à la façade claire ; Louise Jeannette et Marie Françoise Julie, les deux cloches baptisées en 1860, l’année de l’annexion de la Savoie à la France, ont été transférées dans la nouvelle église en 1898. D’après le bulletin Vaulx_info de juin 2010

Je traverse le village jusqu’à la croix de bois, début d’une longue montée progressive par la rue de l’ancien presbytère. Sur la façade de l’ancien presbytère (du moins je le suppose) qui s’ouvre sur les jardins par une belle porte cochère datant de 1790, se lit « Source de Saint-François », saint très honoré en Savoie.
Un raccourci raide et empierré rejoint la route des Usses. Encore une croix de chemin sur la route de Saint-Eusèbe : un tracteur transportant deux énormes troncs d’arbres déboule sur la route.

Direction le gite rural par la route de l’ancienne église puis par le chemin des Marguettes. Dès que je suis suffisamment en hauteur, j’ai une très belle vue sur les Alpes et les montagnes les plus proches. Sur le plateau, seul se promène un homme avec ses chiens. J’entre dans le bois où les indications se font rares mais c’est toujours tout droit dans le bois de frênes ; c’est aussi un sentier botanique ponctué de panneaux pédagogiques : le lierre, le merisier, l’arbre à cavités, etc. j’entends nettement les coups du bec du pic sur le tronc d’un arbre : ces trous sont souvent utilisés par d’autres oiseaux (mésanges), mammifères ou insectes (papillons, abeilles) ; les arbres gémissent ou grincent bizarrement.
Dans le bas du chemin un peu défoncé, je croise une cavalière au carrefour ; pas de balisage à cet endroit, il faut tourner à droite pour rejoindre le centre équestre : c’est le sentier du vieux four, évocation de celui de la maison forte probablement.
Les fours étaient au nombre de onze, neuf banaux et deux communaux : cinq « en Veaux », deux à Mournaz, un à La Croix, un communal à Bellossy, un au Biolley et un communal à Auzon Dessus. A partir de là, plus de balisage jusqu’à la route de Fresnes ou route de la maison forte. D’après Histoire de Vaulx, site http://perso.crans.org, Jean Brunier

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