Seclin : son patrimoine, son canal

Me voilà de retour dans mon Nord natal pour dire adieu à ma grande soeur ; j’ai besoin de récupérer un peu de sérénité ; une courte balade me fera du bien. Sans voiture, je dois préparer minutieusement l’expédition pour être rentrée à midi trente. Les bus de la métropole lilloise le permettent : départ du CHU Eura Santé pour la gare de Seclin.

La météo ce jour à seclin/59 :
Avec le vent et la température ressentie

Je suis guidée en direct par l’appli de la FFR MaRando ; le parcours Canal et patrimoine de Seclin est proposé par le comité départemental FFR Nord : étapes bien décrites, photos, informations sur le patrimoine, de quoi me plaire. A 8h45, je rejoignais un point du circuit.

L’école publique La Fontaine accueille ses élèves avec une fresque colorée illustrant la fable Le lion et le rat (audio) et affiche sa morale : On a toujours besoin d’un plus petit que soi ; de cette vérité deux fables feront foi. Graphe réalisé par l’artiste Nicolas Prévost, alias Logick, du collectif Renart, et commandé par la Ville de Seclin.

Et sur le mur pignon de l’école Jules Verne, Leonel Cerrato, artiste Nicaraguayen (°1946) a peint 45 personnages, hommes femmes et enfants, travailleurs, ou musiciens, figurant les taches ou actions nécessaires à une bonne vie en société (Seclin-01). Il y a bien d’autres oeuvres de street art à Seclin.

Au carrefour de la rue de l’abbé Bonpain/rue Guy Moquet, de superbes constructions en brique rouge : la brasserie Malterie Saint-Piat (1788-1900) s’ouvrait au n°4 de la rue de l’abbé Bonpain, une entrée ressemblant plus à celle d’un château qu’à celle d’un bâtiment industriel. L’enseigne émaillée style Art Nouveau, est ornementée de fleurs et feuilles de houblon ; la brasserie a fonctionné jusqu’à la seconde guerre mondiale (bière de fermentation haute) et aujourd’hui c’est une entreprise de recyclage du papier.

La collégiale Saint-Piat impressionne par sa tour-clocher reconstruite entre les deux guerres mondiales ; les Allemands l’ont détruite en 1918 après quatre ans d’occupation.

Une porte devant une place et rien derrière ; voilà qui est bizarre.

La porte du château des Boulets à Seclin est le dernier vestige rescapé d’une ancienne demeure seigneuriale du XVIIe siècle. Le château a été bâti au XVIIe siècle par Maximilien de Haynin, vicomte de Seclin. Le bâtiment principal a été détruit par l’armée allemande pendant la première guerre mondiale. Sauvée des ruines, la porte d’entrée monumentale a été déplacée en 1933 pour être installée sur la place Stalingrad.

Pendant ma déambulation derrière la place Stalingrad, j’entends donner le carillon de Seclin, un carillon à clavier et pédalier dit clavier Flamand ou « à coups de poing ». A l’heure juste, il est 9h, le carillon automatique joue une ritournelle bien connue des gens du nord : Le P’tit Quinquin, d’Alexandre Desrousseaux, chansonnier patoisant à Lille (1820-1892). J’avoue que ça me replonge dans d’agréables souvenirs d’enfance. L’histoire du carillon remonte à bien longtemps puisqu’en 1494-1495 un « batteleur  » et son clavier apparaissent dans les comptes de l’église.

La tour, détruite, fut remplacée par un clocher attenant à l’église dans lequel fut installé jusqu’à la Révolution un carillon de 9 cloches qu’un « cloqueman » pouvait actionner. […]
En 1794, la tour du carillon servit de relais pour la première ligne du télégraphe Chappe qui annonça le 1er septembre à la Convention la reprise de Condé-sur-l’Escaut par les Français. […]
… en octobre 1918 les Allemands dynamitèrent le clocher qui s’écroula en emportant une partie de la façade et de la nef de l’édifice. Les dommages de guerre ne furent fixés qu’en 1927 ; on put enfin envisager la reconstruction.
Extrait du Grand Hebdomadaire Illustré du 21 mai 1933 [bénédiction des nouvelles cloches] : Les quatre cloches paroissiales étaient suspendues dans le fond de l’édifice. […] En arrière et de chaque côté de cette première rangée de cloches (religieuses) avaient été disposées leurs sœurs (civiles) appartenant au carillon communal, au nombre de 38 dont beaucoup sont d’assez belle taille. […] Ces 42 cloches constituent un ensemble musical de trois octaves et demi pesant 7451 kg.  Histoire complète du carillon de Seclin

Puis c’est la voie verte de Seclin, tellement rectiligne qu’on jurerait qu’elle fut autrefois voie ferrée : en effet c’est une piste aménagée de 2 kilomètres qui emprunte une ancienne voie ferrée industrielle permettant de relier la gare au Parc de la Ramie et à l’ancienne filature Agache ; elle est encore visible sur la carte IGN de 1950.
Le site de l’inventaire ferroviaire en cite une autre à l’ouest de Seclin qui [emprunte] le tracé de l’ancienne ligne secondaire Annœullin > Seclin (n° IGRF 59011.02N).

Après avoir traversé la route, j’entre dans le parc de la Ramie1 où une haute cheminée témoigne du passé industriel de la filature-corderie Agache, réutilisée comlme support d’antennes de téléphonie ; le centre archéologique communal occupe à l’entrée un de ses anciens bâtiments en brique.  Le visuel de la fresque (Juillet 2017, jeunes de l’accueil de loisirs et du collectif La Bande Originale), représente le visage de Mère Nature, entouré d’arbres et de plantes peints à la bombe aérosol.

Les infrastructures ont été lourdement touchées lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918) avant d’être reconstruites dans les années 1920. En pleine Seconde Guerre Mondiale, les ouvrières de la filature Agache ont marqué l’Histoire de Seclin en faisant grève au péril de leur vie face à l’occupant allemand. Après plusieurs transitions et la crise de l’industrie textile, les activités de production cessent à la fin du XXe.

Elle se prolonge par la voie verte des champs-captants de Seclin ponctué d’un balisage, non FFR : une fontaine. Pendant un long moment, je marche sur la voie verte des captages et finalement, je cesse de les compter, ça devient ennuyeux. Aussi bien à pied qu’à vélo ou à cheval, elle est censée offrir des bancs, taillés dans des grumes de peuplier, des tables et des espaces pour se repose mais je n’en ai pas vu beaucoup.

Au niveau d’Houplin-Ancoisne, des fleurs de tanaisie commune jaunes constituées de fleurons tous identiques, groupées en forme de boutons, apportent un air d’été ; après la traversée de la D147, les champs de maïs ont bien souffert de la sécheresse : les épis sont petits et secs parfois.

Pendant quelques minutes, j’observe le ballet de dizaines de mouettes venues se nourrir dans un champ qu’un agriculteur est en train de retourner ; à son arrivée, les oiseaux s’envolent puis par un mouvement en large virgule, reviennent dès que le tracteur est passé. La présence massive de mouettes a parfois nécessité des études d’effarouchage environnemental au niveau des sites de gestion des déchets.

Cadastre napoléonien vers 1811
photo aérienne IGN 2025

Virage à droite puis cinquième captage ; je rejoins la route encore pavée en direction du pont au-dessus du canal. De l’autre côté, La Pouillerie2, ancienne ferme du XIIIe siècle dont le nom me fait penser à une réflexion de mes parents quand je n’étais pas habillée correctement à leur goût : tu t’habilles comme une pouilleuse ! c’est à dire comme une pauvre miséreuse. La ferme a-t-elle était un hospice pour les pauvres ? A moins que la pauvreté se rattache à la médiocrité de la la terre entourée de marais ; en tous cas depuis 1743 où elle a été fortifiée, rien ne semble avoir changé, à part l’asséchement des marais.

Je n’irai pas jusqu’à l’embranchement du canal de Seclin au canal de la Deûle à un peu plus d’un km ni complèterai par la petite boucle au nord ; je reviendrai vers la ville par la berge du canal.

Les poules d’eau circulent nonchalamment sur l’eau parfois verdâtre : des lentilles d’eau qui apparaissent avec la chaleur, la sécheresse et beaucoup de lumière ; elles sont adorées des canards et poules d’eau. Un peu plus loin, l’eau du canal est claire. Qand la tête d’un clocher émerge sur la gauche, c’est que l’on est au niveau de Houplin-Ancoisne.

Ce canal de Seclin est le moment le plus agréable de la promenade, le long d’une allée ombragée de 280 platanes, de 150 ans environ. Ils constituent un patrimoine classé depuis le 13 septembre 2016. Je reconnais au bruit sec et rapide des bâtons, un groupe de sportifs qui font de la marche nordique.

Parvenue au niveau de l’ancienne filature, le canal prend fin, là où se trouvait autrefois le port de Seclin et son large bassin ; plus aucun bureau de gardien, aucun appareil électrique (1914) pour le déchargement à destination de la distillerie Colette ; le blé était chargé par un système de noria (ci-contre à gauche) puis acheminé par un tunnel jusqu’à l’Essor agricole. Bord à bord fluvial, site non sécurisé. Mais on devine l’endroit où se trouvait les quais et la grue car des poteaux le délimite.

Début XIXe, les filatures, les tanneries, les brasseries, les distilleries, s’installent et se développent. Pour répondre à la demande engendrée par cet essor industriel et commercial, la ligne de la compagnie des chemins de fer du Nord reliant Paris à Lille traverse Seclin en 1846 et, dix ans plus tard, le Conseil général du Nord décide de creuser le canal de Seclin à l’initiative d’industriels seclinois regroupés en Société du Canal de Seclin. L’Etat reprendra en charge le canal dès 1873 et terminera les travaux d’aménagement.

Les péniches y débarquaient leur cargaison jusqu’aux industries locales : filatures de lin et de colon, brasseries, distilleries et sucreries. Concurrencé très vite par le train, le canal a cessé d’être fréquenté par les péniches dès les années 1960. A l’époque du début du canal les péniches sont tirées par des boeufs ou des chevaux, puis propulées par des moteurs à vapeur puis par des moteurs diésel.

Une famille de cygnes occupe l’extrémité du canal malgré la qualité de l’eau peu engageante ; je rejoins la rue Max Dormoy, et son château Guillemaud et son parc arboré, imposante demeure construite au milieu XIXe, la seule qui ait échappé au dynamitage de 1918. Guillemaud était propriétaire d’une filature de lin et d’étoupe en 1860 ; en 1901 400 personnes y travaillaient.

La rue Fénelon puis un coup de téléphone me distrait et je perds le tracé officiel. Au carrefour abbé Bonpain, J.-B. Lebas, un monument à l’angle me fait penser à une chapelle ; le descriptif de MaRando ne l’a pas mis en tant que point d’intérêt alors que Saint-Piat est ici vénéré ; l’IA ajoute : Construite en 1902 à l’angle des rues de l’Abbé-Bonpain et Jean-Baptiste-Lebas, [la chapelle Saint-Piat] cet édifice de style néogothique présente une façade en pierre sculptée surmontée de pinacles et une grille en fer forgé. PSS-archi.eu

Retour par le TER jusqu’à Lille ; une randonnée facile mais très riche que j’ai beaucoup appréciée : enfin je prends le temps de découvrir ma région natale…

Image de l’itinéraire, 10km700 18m dénivelée (+53 -53) 2h45 déplacement (3h15 au total)

Télécharger la trace ou suivre le tracé complet dans MaRando (application mobile)

1 ramie : autre nom de Boehmeria nivea, ou ortie de chine, plante textile utilisée depuis 6000 ans en Chine ; en Europe on l’utilise pour fabriquer des étamines, fil de couture industriel, filets de pêche, etc. ramie, wikipedia
2 pouillerie : le mot « pouillerie » a désigné une infection de poux (dictionnaire de Godefroy), ou encore une misère profonde. Comme toponyme, il devrait s’appliquer à une terre infertile (geneanet)

©copyright randomania.fr


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