La pierre des trois évêques

Après avoir lu  un article dans la revue annuelle du groupe archéologique Forez-Jarez et visité avec Jean-Claude le Gnaorou au point de vue de la Panère à Saint-Régis-du-Coin, j’ai eu envie d’aller sur place. J’ai trouvé le tracé sur le site du parc naturel régional du Pilat et heureusement, car le balisage est vraiment minimal, insuffisant si l’on ne dispose pas de GPS ou si l’on n’est pas accompagné.

Partie des Trois-Croix, j’ai parcouru le circuit à l’envers pour ne pas suivre le groupe de randonneurs qui entame la première randonnée de l’année avec retrouvailles bruyantes et discussions. Il faut marcher sur la route D22 dans un premier temps puis obliquer sur la gauche sur un chemin rural en sous-bois puis en zone rurale, fort agréable. Le chemin a dû beaucoup servir car il est empierré avec soin à l’approche des Préaux. Peut-être s’agit-il de la route du sel venant du Rhône pour servir le Puy par Bourg-Argental et qui est un sentier de randonnée aujourd’hui ?

Plus au nord encore, au pied sud du mont Pilat, il est intéressant de constater que des rentes en sel sont assignées au XVè siècle sur le poste de péage de Maclas, qui porte sur la route de Boeuf au Puy par Bourg-Argental et Yssingeaux, témoignant de fait du transit de cette marchandise sur un axe où on ne l’attendrait pas nécessairement.  Quittant le sillon rhodanien très au nord, il s’oriente ensuite vers le sud-est, desservant des régions qu’il est, en venant du sud, plus avantageux de rejoindre par Tournon et Saint-Félicien […]. Toutefois, la desserte du nord du Plateau impose que du sel transite par cet axe. Thèse université Lyon 2, Le trafic à destination du Massif Central par les routes transversales, extrait de la thèse RESEAU ROUTIER ET ORGANISATION DE L’ESPACE EN VIVARAIS ET SUR SES MARGES AU MOYEN AGE, F. Brechon, 2002

Aux Préaux (commune de La Versanne), le traditionnel lavoir à deux bacs puis une belle croix de granit avec un personnage adossé au pilier et qui semble représenter un évêque. Un peu plus loin, enfin un panneau directionnel aux couleurs du parc du Pilat qui indique le moulin Gouet.

Moulin récent (1846), il fonctionnait par une roue horizontale actionnée grâce à une forte pente et une conduite forcée. Le moulin à grains Gouet se trouvait dans le bâtiment supérieur ; au XXe siècle, la force hydraulique servait à produire de l’électricité : c’était le seul du village à en bénéficier.

Je reprends la route jusqu’à la croix et le gros tas de bois. 100 m plus loin, j’entre dans la forêt aux arbres de hauteur impressionnante. Sur la piste forestière, un improbable amoncellement de tuiles gravées au nom d’un  fabriquant : Chilaud (sans doute Emile et Louis) lieu-dit Patroa à Saint-Etienne. Comment ont-elles été amenées ici alors qu’il n’y a ni habitation ni usine dans le coin ?

Le sentier forestier longe la frontière entre la commune de Saint-Sauveur en Rue et celle de La Versanne. A la croisée de deux chemins, un banc de pierre joliment mouluré, attend le promeneur ; une borne frontière porte une croix délimitant sans doute deux diocèses puisqu’on est à quelques centaines de mètres de la pierre des Trois-évêques qui a marqué de longue date le point d’intersection de trois anciennes archevêchés (Le Puy, Lyon, Vienne).

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Balade dans les dunes de Merlimont

Le circuit de découverte est une balade courte et facile accessible aux personnes à mobilité réduite ; l’astuce supplémentaire consiste à emmener un trépied pliant et léger dans le sac à dos pour permettre aux personnes qui se fatiguent vite de faire les arrêts nécessaires ; même s’il y a du vent, nous sommes enfermées dans les dunes et nous circulons au chaud sans être gênées. L’intérêt, c’est de découvrir les dunes paraboliques dont je n’ai jamais entendu parler, et la végétation si riche et particulière : 500 espèces végétales dont 44 sont protégées au niveau régional, 7 au niveau national et une (Liparis de Loesel) répertoriée en annexe II de la directive ‘Habitats’.

Stationnement sur le parking de la gare à Merlimont-Plage. Le départ est bien repéré sous un auvent de bois portant les informations de la réserve biologique domaniale de la Côte d’Opale, créée en 1985 et gérée par l’ONF. Avant la réserve, voilà ce qui se passait :

Au XIXe siècle, deux évolutions sont notées : d’une part, une instabilité permanente des dunes […] relatée dans les comptes-rendus des conseils municipaux, d’autre part, une orientation cynégétique du site avec […] création de mares, creusement de fossés, pour exercer la chasse au gibier d’eau.

Le parcours d’abord rectiligne, sinue en larges virages et petites montées parmi les prairies dunaires et leur végétation caractéristique telle l’onagre. Le sentier de planches parfois rafistolé grossièrement, est protégé d’un garde-corps en bois interdisant l’accès direct aux dunes. En me retournant, avant d’entamer la boucle, je reconnais l’église de Merlimont.

La dune parabolique est nommée ainsi à cause de la forme finale qu’elle prendra après le lent travail d’érosion du vent. Tout commence par une échancrure dans le cordon dunaire (siffle-vent) qui s’agrandit avec le vent, déposant du sable à l’arrière sous forme de pourrière ; les plus importantes s’étaleront et formeront une dune parabolique. Des buttes résiduelles (crocs) subsisteront de l’ancienne dune bordière. Certaines dunes paraboliques sont fixées par la végétation, d’autres sont toujours actives comme celle en bordure nord de la réserve. Un patrimoine paysager à protéger : les dunes littorales de Merlimont et de Berck (Pas-de-Calais), Yvonne Battiau-Queney, Jérôme Fauchois, Philippe Lanoy-Ratel, Arnaud Seguin, Hommes et Terres du Nord, Année 1995 1-2 pp. 21-30

Le passage surprenant dans une zone boisée avec des arbres assez hauts apporte de l’ombre. Nous passons des dunes sèches des cordons dunaires à une vaste plaine humide et aux habitats de pannes1, presque sans nous apercevoir. C’est cela la biodiversité : avant de constater le changement de flore et faune, c’est le panneau d’informations qui nous informe. Forêt et conservation des dunes littorales : le cas exemplaire de la Réserve biologique domaniale de la Côte d’Opale (Pas-de-Calais), Yves Petit-Berghem, EchoGeo 2012

Image de l’itinéraire 1km700, 45 mn environ, pas de dénivelée

 

 

La seconde balade en dehors de la Réserve, au départ également de la place de la gare, circule  sur le sable, ressens les montées et descentes dans les prairies sableuses ; mêmes décors, même flore jusqu’aux abords du domaine du Lac. Aller plus loin semble difficile : plus de sentier visible, de quoi se perdre.
Après la petite boucle dans les dunes, j’en sors par la rue de la gare le long des villas.

Image de l’itinéraire 2km200, 6m dénivelée, moins d’une heure.
Il est possible d’enchaîner les deux courtes balades mais la seconde ne sera pas accessible aux personnes à mobilité réduite.

Une balade dépaysante pour ceux qui ne vivent pas dans cette région avec des paysages variés dans le sable des dunes.


1panne : résultat de l’action du vent qui creuse la dune jusqu’au niveau de la nappe phréatique ; le sable, humide, n’est plus emporté par le vent et u;ne zone marécageuse se forme au coeur des dunes sèches.

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De la tourbière de Gimel au Gnaorou

La tourbière de Gimel, à Saint-Régis-du-Coin, est aménagée sur caillebotis de manière à ce que les promeneurs aient les pieds au sec et sans doute aussi pour que les mousses et autres espèces végétales soient protégés. C’est une réserve biologique dirigée, où les interventions sylvicoles ou travaux spécifiques sont orientées uniquement dans un but de conservation des habitats et des espèces ayant motivé la création de la réserve. Selon Pilat patrimoines. C’est la seule commune de France dédiée à saint Régis qui, en 1866, sur la carte d’état-Major s’appelait encore le Coin.

Le lieu se nommait primitivement ‘le Coin’, c’était un simple hameau de la commune de Saint-Sauveur-en-Rue. Au XVIIIe siècle il reçut la visite de saint François Régis, ‘l’apôtre du Vivarais’ […]. Mais l’infatigable marcheur de Dieu y fut très mal reçu […]. Le remords finit par ronger les habitants du Coin, qui décidèrent en 1830 d’élever une église dédiée à  saint Régis. En 1858 le hameau fut érigé en commune, qui prit naturellement le nom de Saint-Régis-du-Coin. On a d’ailleurs coutume de dire : ‘dans le Pilat, on a mis saint Régis au coin et saint Sauveur à  la rue’. D’après l’encyclopédie de forez-info.com

Dans la tourbière, on récolte la tourbe : tous les jardiniers connaissent la tourbe qui sert de support au rempotage, bouturage, mélangée à du terreau et du sable. Au sein de ces environnements acides se caractérisant par la présence d’eau stagnante, une décomposition des débris végétaux se produit. Cette fossilisation de végétaux comme les sphaignes peut prendre de 1000 à 7000 ans en fonction des cas.

La tourbe blonde, la plus jeune, est peu décomposée (entre 3000 et 4000 ans) et présente une texture fibreuse, à sphaignes. […] Par contre, elle possède une importante capacité de rétention d’eau. Absorbant 40 fois leur poids sec,  elles sont utilisées pour les protections féminines…

Bien qu’à l’affût je n’ai pas repéré la fameuse drosera cachée dans les herbes ; la floraison pourtant a lieu de juin à septembre sur des tiges de 5 à 20 cm naissant verticalement du centre de la rosette ; elle colonise souvent en grand nombre les ‘coussins’ de sphaignes vivantes ou mortes lorsque l’exposition au soleil est abondante. Ses poils roses et collants  lui permettent d’attraper les insectes ; assez rare en France, elle se rencontre généralement de 600 à 2 000 m d’altitude, c’est une plante carnivore.

Les feuilles sont orbiculaires, pouvant atteindre 1 cm de large, avec un long pétiole étroit de 1 à 3 cm de long. Elles sont d’un vert olive se teintant de rouge en exposition ensoleillée. Le bord et la face supérieure sont couverts de poils glandulaires roussâtres à rouge vif, enduits d’un mucilage collant. Cette sécrétion sert à attirer et à capturer les petits insectes. selon wikipedia

La tourbière est parfois colonisée par quelques arbres ; le tapis de fleurs bleues ressemble à de la bruyère mais je suis si peu habituée à cet environnement que je ne sais identifier les plantes de cette tourbière. A part les tapis de sphaignes et le rossolis à feuilles rondes, poussent la gentiane des marais, la linaigrette à feuilles étroites, le doronic d’Autriche, le trèfle d’eau, la cirse des marais, la benoîte des ruisseaux. En automne les couleurs seront bien différentes, de quoi justifier une nouvelle visite en automne les couleurs seront bien différentes.

En route maintenant pour le point de vue de Panère ; après un court passage dans les bois, nous retrouvons le GR7  que nous abandonnons pour une piste forestière bien droite ; nous montons de façon régulière dans une zone de landes à genêts. Sur le côté à intervalles réguliers, je repère des miradors, postes de tir surélevés situés à l’orée du bois, peut-être pour viser l’animal quand il en sort. Que chasse-t-on ici ?

Au sommet, une belle et grande table d’orientation, avec la précision géographique d’une photo prise en février 2014 (réalisation Yves Malochet, dessin Marion Lacroix), nous présente le vaste paysage au lieu-dit Panère à 1301 m d’altitude ; toute la chaîne des Alpes, le Mont-Blanc par temps pur, les Bauges où j’ai passé des vacances en mai, on voit même les éoliennes près de Valence à 60 km à vol d’oiseau.

Mais c’est plutôt devant le bois que mon regarde se pose ; je pense tout de suite à un site mégalithique – gnaorou en patois local, signifiant ‘dans les nuages’ et ne figurant sur aucune carte – avec ces deux pierres dressées dont une, cassée et reconstituée et l’autre redressée par une association en 2012. Je n’ai trouvé aucun document d’archéologie officielle qui l’évoque ; l’inventaire des mégalithes du monde ne le cite pas non plus.
Ce qui ressemble à un fossé qui mènerait au pied de la pierre plantée reconstituée, n’est en vérité que la trace d’un ancien chemin du XIXe. En vue aérienne, je vois deux alignements de pierres parallèles. Les monolithes sont hauts et lourds, les transporter jusqu’ici ne peut être un hasard.

Le choix de la localisation d’un mégalithe apparaît donc comme un acte prémédité, déterminé par une intention délibérée et non par le contexte géologique. On peut parler, là encore, d’une véritable stratégie d’implantation. […] Ces critères topographiques peuvent se résumer à deux paramètres, souvent couplés : recherche des situations dominantes [ici le sommet 1301 m d’altitude) ; recherche des limites naturelles dans le paysage [ici limite bois, landes]. Apports de l’étude de la localisation des monuments mégalithiques à la compréhension du phénomène mégalithique : Exemples des environs de Saint-Flour (Cantal) et de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Frédéric Surmely, Alain de Goër de Herve, René Murat, René Liabeuf, Bulletin de la Société préhistorique française, 1996, 93-3 pp. 434-441.

Les plus grands spécialistes des mégalithes affirment que leur implantation répond à des figures géométriques et dépend des angles de lever et de coucher de soleil aux solstices. Etude Statistique du Plan d’implantation des mégalithiques du Massif du Sancy, Quentin LEPLAT, déc. 2016, Messagedelanuitdestemps.org

Retour par le même chemin jusqu’au parking de la tourbière. Vous trouverez sur internet une randonnée qui passe par un autre site mégalithique, la Pierre des trois Evêques. Demain sera une longue journée de découvertes de l’aqueduc du Gier…

Image de l’itinéraire 4km300, 102m (+153, -153) 2h

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